Bruno Lagarrigue

février 2015

Elle ose du soleil affronter la lumière


Au cours des recherches suscitées par la découverte des manuscrits de Jean Xavier Napoléon Vidal, la strophe suivante, quelque peu sibylline, laissait entendre que le poète romantique sanflorain avait peut-être publié quelque création poétique.

     Sous le grand nom d’Homère
     Une muse éphémère
Inconnue aux mortels demande à s’abriter.
Pour la première fois hardie et téméraire,
Elle ose du soleil affronter la lumière.
                  (cf. Soupirs d’amours, p. 53 et p. 410, note 6)

Même si Vidal aurait évidemment pu évoquer un autre auteur dans cette stance, il nous a semblé logique, après avoir cherché en vain la publication d’un éventuel recueil de poésies vidaliennes, d’entreprendre le dépouillement des anciens journaux ayant paru durant les années de retraite du poète romantique sanflorain dans sa ville natale. Ce contrôle s’imposait afin de ne pas laisser passer l’occasion de faire peut-être une découverte. Lorsque Vidal revint s’établir à Saint-Flour vers 1860, la ville connaissait deux périodiques hebdomadaires importants : L'impartial du Cantal, de tendance conservatrice, paraissant le jeudi et La Haute-Auvergne, journal des arrondissements de Saint-Flour et de Murat, d’orientation républicaine, paraissant le samedi. Les Archives Départementales du Cantal ne possèdent malheureusement qu’une maigre collection non reliée de ces deux hebdomadaires. En revanche, les Archives municipales de Saint-Flour conservent une très belle collection proprement reliée de ces deux périodiques.

Vidal était membre du Cercle littéraire de Saint-Flour et ses poésies présentent des narrateurs qui ne sont guère tendres envers les bonapartistes du second empire ni envers les conservateurs. Comme Alfred Passenaud, « dont le libéralisme républicain n’était plus un secret pour personne »,[1] était l’éditeur de La Haute Auvergne et membre du même Cercle littéraire que Vidal, c’est dans ce périodique que nous avons entamé nos recherches.[2] La période de 1861 à 1879 a été la cible de nos investigations et nos efforts ont été couronnés de succès, puisqu’il a été possible d’attribuer indubitablement à Jean Xavier Napoléon Vidal deux poésies de sa main publiées, sous l'anonymat, dans La Haute Auvergne.[3] Les manuscrits vidaliens correspondants retrouvés au château de La Chassagne à Pierrefort en étaient la preuve. L’examen de L’Impartial du Cantal s’imposait toutefois, mais il n’apporta rien de nouveau, comme nous pouvions nous y attendre, puisque Vidal avait peu d’affinité pour les conservateurs.

Tout en explorant ces périodiques, il nous avait semblé intéressant de relever tous les poèmes publiés, car d’autres indices ou d’autres méthodes d’investigation peuvent encore se profiler pour éventuellement permettre de nommer les auteurs - anonymes ou dissimulés derrière des pseudonymes - d’autres poèmes repérés dans ces deux hebdomadaires sanflorains.


NOTES
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[1] Cf. MATHIEU, Emmanuel, "La mort de M. Passenaud, ancien directeur de la Haute-Auvergne", dans La Haute-Auvergne, 64e année, 10 décembre 1904, n° 50, p. 1, col. 1.

[2] Cf. LAGARRIGUE, Bruno, Soupirs d’amours. Œuvre romantique inédite du poète sanflorain Jean Xavier Napoléon Vidal (1804-1878)Éditions MFI, Nijmegen (NL), 2014, 496 pages, p. 29.

[3] Cf. LAGARRIGUE, Bruno, Op. cit., p. 13, note III, p. 171 (note 110, p. 435) et p. 225 (note 17,p. 440).

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Au demeurant, il ressort de ce travail de prospection que ces journaux de Province publiaient de la poésie composée par des auteurs ne manquant pas de talent. Ces poètes résidaient pour la plupart dans le Cantal, à Paris ou hors de la France métropolitaine. Nous donnons ainsi au public un relevé des pièces poétiques (format pdf) contenues tout d’abord dans La Haute Auvergne entre 1861 et 1879 et ensuite dans L’Impartial du Cantal de 1872 à 1879.[4]

Le dépouillement de ces journaux, limité à la recherche de poèmes, nous a toutefois permis d’en observer les caractéristiques générales. Il nous a ainsi semblé que l'étude comparative de l'Impartial du Cantal et de La Haute-Auvergne publiés à Saint-Flour, pourrait constituer un fort beau sujet de thèse dans le domaine de l’histoire politique, sociale ou littéraire. Les rédacteurs en chef de chacun de ces périodiques s'adressent réciproquement quelques diatribes enflammées. Dans ces joutes à la plume, ils s’efforcent de manifester au mieux leur habilité dialectique, leur érudition, leurs qualités littéraires et leur style réciproque.[5]

Une nette distinction peut encore être faite entre La Haute Auvergne et L’impartial du Cantal quant aux poésies. Le rédacteur du premier périodique s’est efforcé d’en varier les auteurs, tandis que celui du second semble s’être limité à publier les morceaux signés par un seul auteur nommé Dickson qui serait originaire de Ballyvolan (County Wicklow) en Irlande. Comme nous ne sommes pas encore parvenus à identifier ce dernier auteur et que les niveaux de langue de ce Dickson sont très divergents, en passant de l’érudition aux familiarités, il serait permis d’envisager que ce patronyme irlandais permettait à plusieurs auteurs de se dissimuler derrière ce qui aurait alors pu être un pseudonyme commun. Cette hypothèse restera plausible tant que l’identification de ce Dickson ne sera pas résolue.

Outre les éditoriaux forts intéressants pour retracer l’histoire intellectuelle et politique départementale, ces deux périodiques contiennent des informations générales et locales ainsi que des annonces légales. La dernière page des deux hebdomadaires offre de l'espace publicitaire pour promouvoir des produits domestiques, sanitaires ou agricoles. Tous deux présentent irrégulièrement des informations littéraires et des poésies souvent anonymes qui méritent d’être étudiées. (B.P.L.L.).



[4] Ce dossier est illustré par un poème anonyme intitulé "Stances à l’amitié". Il fut publié dans La Haute-Auvergne du 19 janvier 1867. Le typographe y avait laissé une coquille (p. 2, col. 4, strophe 4, v. 3) : au lieu de L’exilé qui s’étaient …, il faut lire L’exilé qui s’éteint… .

[5] Le rédacteur de L'impartial du Cantal, Firmin BOUBOUNELLE, s'en prend ainsi, par exemple, au rédacteur de La Haute Auvergne Alfred PASSENAUD, qu’il qualifie injustement de « Don Quichotte Sanflorain » (28e année, jeudi 23 mars 1876, n° 1419, p. 2, col. 3-4 et p. 3, col. 1). BOUBOUNELLE porte aussi une charge contre l'Indépendant du Cantal dans le numéro 1435 de l'Impartial du Cantal (28e année, jeudi 13 juillet 1876, p. 2, col. 2).

 

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